CRITIQUE // « Potiche », au Théâtre Libre

Secouer d’une main de femme le monde de l’entreprise ou celui de la politique, royaumes du machisme et des petits arrangements : la pièce Potiche n’est-elle pas, plus que jamais, d’actualité ? Actuellement au Théâtre Libre, l’adaptation de Charles Templon en déploie l’humour caustique tout en surlignant le propos féministe.
Depuis les années 80, on se régale de voir et revoir l’ascension de Suzanne Pujol. Cette épouse docile et femme au foyer appliquée se révèle une PDG hors pair en remplaçant son mari à la tête d’une usine de parapluies, en dépit des préjugés sexistes auxquels elle doit faire face. Il fallait une pointure pour incarner ce rôle-titre après Jaqueline Maillant, Danielle Darrieux et Catherine Deneuve (rien que ça). Clémentine Célarié s’impose avec une facilité évidente. Sa force, sa passion et sa sensibilité servent les multiples facettes d’une Suzanne déterminée, extravagante et rusée. Captivante et aérienne, elle entraîne dans ses pas chacun de ses partenaires de scène. Philippe Uchan est un M. Pujol aussi dépassé que désopilant : sans esbrouffe ni excès, avec juste ce qu’il faut pour signifier le ridicule de sa situation. Virevoltant autour du couple, les seconds rôles ne sont pas en reste. Benjamin Siksou mêle subtilement la désinvolture au panache pour camper le fils rebelle mais protecteur, Alexie Ribes nous réjouit de sa droiture conservatrice, tandis que Jérôme Pouly (ex de la Comédie Française) est un faux-dur parfait, cœur tendre sous le militant au poing levé.
Mais la cerise sur ce gâteau vintage, c’est la savoureuse Paloma (Hugo Bardin à la ville). Dans un renversement malicieux au sein d’une mise en scène somme toute assez classique, Charles Templon a confié l’incontournable rôle de secrétaire à la gagnante déjantée de Drag Race France. Ses tailleurs étriqués n’empêchent pas l’amplitude de son jeu, qui réunit brillamment esprit, gouaille et sophistication. Qu’elle retourne sa veste (à carreaux) par opportunisme ou par véritable solidarité envers la lutte féministe importe peu. Au-delà d’une personnalité truculente, le rire et l’adhésion qu’elle suscite permettent au metteur en scène d’adresser avec autant de provocation que d’élégance un pied-de-nez iconique au patriarcat. Et d’offrir un vent de liberté supplémentaire (on a tendance à l’oublier, mais le patron ne prend-il pas un homme pour maîtresse ?) en des temps qui en ont encore bien besoin.
On connaît tous l’histoire de Potiche, auréolée de succès au théâtre comme au cinéma. A l’heure du Metoo où les combats féministes sont loin d’être achevés, il semblait pourtant nécessaire de remettre sur le devant de la scène sa verve et son engagementDe quoi prendre part à l’ère du temps par un biais populaire et irrésistible, celui du vaudeville.
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Potiche, actuellement au Théâtre Libre, jusqu’au 14 juin 2026.