Sévère, de Régis Jauffret
Editions Points


A l’occasion de la sortie du film d’Hélène Fillières, Une histoire d’amour, retour sur le roman qui a inspiré la réalisatrice.

Paru en 2010, Sévère de Régis Jauffret relate un fait divers, l’assassinat en 2005 du banquier Edouard Stern par son amante au cours d’une séance sado-maso. Par prudence, peut-être, Jauffret prend ses distances vis à vis de la réalité (il indique en préambule : « Je m’enfonce dans un crime, je le visite, je le photographie, je l’enregistre, je le mixe, je le falsifie. Je suis romancier, je mens comme un meurtrier. ») et ses personnages ne sont jamais nommés. Le récit prend la forme d’une confession froide, celle de la meurtrière, et fait s’entrecroiser le passé lointain, le passé proche et le présent.

Régis Jauffret excelle dans la description quasi chirurgicale des univers les plus glauques et l’a brillamment démontré avec Claustria sorti en 2012 ou le moins récent Asiles de fous. Cependant ici, difficile de voir l’histoire d’amour – pourtant revendiquée par la narratrice – affleurer la relation décadente d’un homme et d’une femme et la misère affective qui les unit autant que ce rapport de domination/soumission consenti.

Les scènes de sexe crues se succèdent ; pourtant leur dureté même ne nous atteint pas. De nos jours, les pratiques perverses, les déviances sexuelles de milliardaires sont devenues si banales, si représentatives de notre époque aux mœurs avilies que les scandales qui peuvent en découler nous laissent de marbre. Ce crime lui-même apparaît comme un non-évènement.

Dès lors, quel intérêt y avait-il à en faire le sujet d’un roman ? Régis Jauffret nous a prouvé qu’il était capable de beaucoup mieux. Sévère nous a laissés indifférents.

Maryse Decool

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