CRITIQUE// « Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ? » redonne vie à cette personnalité hors du commun

« Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? » On connait tous la gouaille parisienne d’Arletty, comédienne et chanteuse emblématique des années 30 et 40. On se souvient bien sûr de ses films légendaires, Hôtel du Nord, Les enfants du Paradis ou Fric-frac. Mais que sait-on vraiment de sa vie mouvementée et de la femme qu’elle était ? C’est le pari de cette comédie musicale aux deux Molières (« Meilleur spectacle musical » et « Révélation féminine ») : nous plonger durant 1h30 dans l’existence tumultueuse de ce personnage d’exception.

Cette vie passionnante, c’est Arletty elle même qui va nous la raconter, de sa naissance à sa mort, 94 ans de petits bonheurs et de grands malheurs. Et voilà le grand tourbillon qui nous emporte, d’institut religieux en usine, de prison en plateaux de cinéma… Le spectacle, co-écrit par Eric Bu et Elodie Menant, nous accroche dès les premières minutes pour ne plus nous lâcher. En chemin, on croise avec délectation les personnalités hautes en couleur qu’étaient Michel Simon, Jacques Prévert, Louis Jouvet, Colette ou le colérique Marcel Carné. Près d’un siècle artistique prend littéralement vie sous nos yeux. Par un ingénieux tour de passe-passe, tous les personnages croisés par Léonie (dixit Arletty), sont incarnés par les 3 formidables comédiens qui entourent la toujours très juste Elodie Menant dans le rôle titre. Ils chantent, dansent, proclament sur tous les tons, avec tous les accents et toutes les nuances, un texte finement ciselé, drôle et bourré de références. La mise en scène intelligente et inventive, signée Johanna Boyé, réussit le pari de ressusciter sous nos yeux une vie dense et hors du commun, guidée par le besoin farouche de liberté.

La plus grande qualité de ce spectacle est peut-être de nous faire passer du rire aux larmes en un dixième de seconde, avec une fluidité rare et une belle intensité.

Du début à la fin, le spectateur est emporté dans une valse à mille temps, virtuose et survoltée qui ne souffre d’aucun temps mort, d’aucune faiblesse. Du grand et beau théatre musical.

Benjamin Pechmezac


« Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ? »,  jusqu’au 28 mai au Théâtre Michel. Infos et réservations : 01 42 65 35 02.

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