CRITIQUE// « Wild », un film de Jean-Marc Vallée

CRITIQUE// « Wild », un film de Jean-Marc Vallée

A la mort de sa mère, « le grand amour de (sa) vie », une jeune femme dévastée par le chagrin s’enfonce à corps perdu dans la drogue et le sexe, sans pour autant parvenir à faire son deuil. Elle décide alors de faire son chemin de croix : parcourir à pied 1700km à travers les déserts et les montagnes de l’Ouest américain. Directement inspiré du récit autobiographique de Cheryl Strayed, Wild retrace le périple de cette jeune femme perdue dans sa douleur et ses souvenirs, qui trouvera sa voie – dans tous les sens du terme – seule dans la nature. Ce sera pour elle autant un exploit physique accompli dans la souffrance qu’un parcours initiatique vers la résilience et la rédemption ou un combat contre le dégoût d’elle-même. Certes, le thème n’est pas nouveau. Son traitement l’est davantage. En choisissant de ne pas respecter la trame narrative mais plutôt d’émailler film de flashback, Jean-Marc Vallée privilégie la suggestivité et l’émotion qui en résulte. Eveillant aussi dès la première scène l’intérêt du spectateur, en ne lui montrant rien d’autre qu’un somptueux décor de montagnes et de forêts et en lui faisant entendre les halètements d’une jeune femme dont on ne sait trop s’ils sont dus à l’effort sportif ou à la jouissance sexuelle. Subtile manière de faire le lien entre le sexe autodestructeur et la marche, défi surhumain, douleur et humiliation infligées au corps de manière quasi masochiste.

Au-delà de la réalisation, la grande force de ce film réside sans conteste dans le jeu des acteurs. Celui de Laura Dern, qui  incarne avec grâce la mère formidable ; celui de Reese Witherspoon, surtout : épatante, filmée au naturel et bien loin de son image rose bonbon, sobre et émouvante, silhouette fragile écrasée par le poids d’un sac monstrueux.

Porté par la beauté des paysages américains, scandé par les premières notes de la chanson de Simon et Garfunkel « El condor pasa », Wild est un film qui touche par la douce nostalgie qu’il porte en lui. Ni amer, ni donneur de leçons – et sous couvert d’une histoire simple -, c’est le film de la reconstruction, de la quête de soi-même qui commence dans l’obsession et finit dans l’apaisement et la sérénité.

Maryse Decool

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