CRITIQUE// « Michael Kohlhaas », un film d’Arnaud des Pallières

MichaelKohlhaas

Voilà un film bien singulier que celui d’Arnaud des Paillières. A double tranchant. D’une sensibilité rare, la réalisation est absolument impeccable. Sans tomber dans l’emphase ou le cliché, elle témoigne des merveilleuses possibilités que peut offrir le cinéma. L’image, confondante de beauté, taquine notre rétine par les taches de soleil qu’elle capture, l’herbe vivace et la terre poudreuse dont elle épouse le mouvement, le visage dur des hommes et la robe des chevaux auxquels elle est attentive. Elle tend l’oreille aux sons qui font la densité de ces décors vertigineux : le vent, le sol, les pas, la naissance d’un poulain, le souffle d’une respiration s’engouffrent en elle et semblent transpirer de chacun de ses éléments. Michael Kholhass fait corps avec un environnement à la fois délicieux et sévère, il nous plonge au plein cœur d’un temps suspendu, tissé de sensations.

Le film aurait pu être parfait si Arnaud des Paillères n’avait pas commis le pêché d’esthète. A trop vouloir soigner la dimension sensorielle, il contamine presque l’intégralité de son long-métrage de la sécheresse, de la lenteur propre à ces paysages ruraux d’un autre temps. On peut louer la cohérence de ce résultat : la vendetta et les instants d’action très fugaces importent bien moins que l’austérité et le mystère des Cévennes au XVIème siècle que le film s’attache à dépeindre. Mais ce parti pris revient à bouder le plaisir du spectateur, celui d’être saisi par des émotions autres qu’une jouissance esthétique. En dépit des deux heures sur lesquelles s’étire le film, Arnaud des Paillières peut compter sur les doigts de la main les instants aptes à passionner son public (une ouverture intrigante, une première vengeance tendue, une fin poignante). Bien plus incongrus, certains choix l’amènent parfois à égratiner l’univers pourtant si brut, si authentique qu’il bâtit ailleurs avec un soin remarquable, tels l’emploi risible de Sergi Lopez en infirme paysan du coin ou l’étonnante façon de parler des acteurs, très actuelle. Malgré la virtuosité très prometteuse de son réalisateur, Michael Kohlhass n’est pas un film sans excès, peut-être un peu prétentieux sous son apparente humilité. Et c’est bien dommage.

Timothée Leroy