CRITIQUE// Danses nocturnes, au Théâtre Sorano (Toulouse)

dansesnocturnes[dropcap color= »#888″ type= »square »]L[/dropcap]e théâtre Sorano, parfaite chambre d’échos pour entendre la voix d’une poète qui s’est tue, petit coquillage qui contient tout, le flux et le reflux de la mer en allée. En sortant – au ralenti – de Danses nocturnes, un grand silence. Dedans, ce que mes yeux et mes oreilles ont vu : la danse ou le combat perdu d’avance, oxymore, acharné décharné, de la jeune fille d’autrefois Sylvia Plath avec la mort, danse aujourd’hui rejouée par Charlotte Rampling, dame blanche.

L’accompagnent sur la scène au milieu de nulle part, au milieu d’un océan noir, Benjamin Britten et la violoncelliste Sonia Wieder-Atherton, virtuose mais à l’archet comme on rame ou se débat contre la noyade, et une lumière qui n’émane pas d’un phare, spectrale. Dedans, éprouver l’expérience des couleurs douleurs – brûlure de rouge, bleu froid Medusa – par la musique, les mots de Plath et la voix de Rampling, âpre voix de couteau reçu presque sans faillir ou lancé droit devant pour dire amour, absence de dieu ou Daddy. « Cette nuit la lune laisse glisser son sac plein de sang, animal malade, par-delà les lumières du port. » La plus grande force du spectacle : donner envie de lire, relire tout Sylvia Plath, à voix haute. On ne sort pas de ces danses nocturnes, qu’aucun silence venu n’apaise.

Nicolas Pechmezac

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