CRITIQUE// Thérèse Desqueyroux, un film de Claude Miller

Notre avis : **

Attention remake ! Thérèse Desqueyroux vient de sortir en salles et l’on peut légitimement s’interroger sur les raisons qui ont amené Claude Miller, le très estimable et très estimé auteur de l’hypnotique Mortelle randonnée et de l’inoubliable La meilleure façon de marcher, à réaliser une nouvelle version cinématographique du roman de François Mauriac. Car, même si peu s’en souviennent, le Thérèse Desqueyroux réalisé en 1962 par Geoges Franju est une merveille d’adaptation, auprès de laquelle celle de Miller paraît terne et bien ennuyeuse.

Logiquement, dans le roman comme dans le film de Franju, l’histoire débute au sortir du tribunal, à la clôture du procès intenté à Thérèse Desqueyroux pour tentative d’empoisonnement  sur la personne de son mari. Thérèse revoit alors son passé, de son adolescence à son crime, en passant par son mariage convenu et décevant. Cette longue introspection est essentielle, qui doit mener à comprendre la femme intelligente et féministe avant l’heure, insatisfaite sexuellement, révoltée contre les pratiques écrasantes d’une société provinciale bourgeoise. Hélas, dans le film de Miller, cette scène si importante est réduite à la portion congrue. En faisant le choix de privilégier le déroulement chronologique des faits plutôt que de suivre la construction dramatique du roman, le cinéaste prive son film de son intensité psychologique, voire de son côté fantastique.

Certes, les images sont belles à voir – jolis paysages landais, jolis costumes, scènes d’incendie léchées – mais on ne sent jamais le côté sombre et écrasant des intérieurs bourgeois de l’époque. Et quid  de l’homosexualité qui affleure dans la complicité que Thérèse partage avec sa meilleure amie ? Rien n’est évoqué. Que tout cela est sage ! Audrey Tautou est toujours impeccable… Trop. Son jeu aurait sans doute gagné en intensité avec quelques degrés supplémentaires de force névrotique. Elle aurait ainsi pu incarner, avec la même aisance qu’autrefois Emmanuelle Riva, toutes les facettes du personnage et restituer le feu intérieur qui le brûle comme les incendies ravagent les Landes. Seul Gilles Lellouche tire son épingle du jeu dans le rôle du mari,  homme  épais, bien en phase avec son milieu.

Malgré tout le respect que l’on a pour Claude Miller, il est difficile d’adhérer à cette démarche cinématographique. Mieux vaut, pour lui rendre l’hommage posthume qu’il mérite, voir ou revoir ses œuvres précédentes, et pour apprécier Thérèse Desqueyroux à sa juste valeur, soit  reprendre le roman de Mauriac, soit trouver l’une des quelques salles de cinéma en France qui ont ressorti – de manière presque confidentielle – la version  de Franju.

Maryse Decool

 

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