CRITIQUE// Camille redouble, un film de Noémie Lvovsky

Notre avis : [rating=3]

Une ambiance années 80 en toc, surcolorée façon publicité pour Benetton, des événements pour le moins inopinés, des acteurs qui semblent s’être trompés de baskets (fluos) : le principal défaut du film tient probablement dans l’excès.

Lors d’un réveillon trop arrosé, Camille, la quarantaine tout juste et déjà passablement imbibée, tombe et perd connaissance. Sortie de cuite le lendemain à l’hôpital : c’est le 1er janvier 1985, Camille est supposée avoir 16 ans. Alors qu’elle reste telle qu’en 2012 – de corps et d’esprit – tout le monde la perçoit comme l’adolescente qu’elle était vingt ans plus tôt.

Quoiqu’un peu lourd, ce prétexte narratif esquisse un rapport assez séduisant au passé, entre désir et rejet, attirance et répulsion. S’y jeter les yeux fermés pour retrouver la saveur des instants perdus ou agir pour changer le cours des événements. Forte de sa connaissance de l’avenir (ou plutôt, du présent de 2012), Camille oscille d’une attitude à l’autre, à la fois tiraillée par des blessures qu’elle voudrait gommer et émerveillée par ce retour en arrière, véritable miracle au milieu d’une vie d’adulte ratée.

Accumulant les situations cocasses de valeur inégale, le film peine parfois à trouver un ton sincère, pâtissant notamment de l’emploi de quarantenaires pour jouer lycéens et midinettes (blousons branchés, walkman flashy et minijupes n’aidant en rien, plus proches de la panoplie bouffonne que réellement convaincants).

Reste toutefois que la réalisatrice, qui incarne également le personnage de Camille avec une passion évidente, diffuse une nostalgie certaine. Entre deux rebondissements, le film propose des instants de tendresse, petites madeleines de Proust que Camille récolte, comme la voix de sa mère immortalisée sur une bande audio.

On se laisse finalement prendre au jeu de ce retricotage qui, s’il manque par moments de justesse, parvient cependant à saisir sans apitoiement sourires et peines du passé.