CRITIQUE// Un tramway, Théâtre de l’Odéon

« Un tramway… » est une pièce déroutante où l’on dérive, abasourdis, au rythme des divagations de la troublante Isabelle Huppert, avant de boire la tasse et de se noyer dans ce chaos qui peine à dépasser l’objet expérimental.

Car si la mise en scène haletante de Krzysztof Warlikowski regorge d’imagination et d’idées lumineuses, on perd rapidement le fil de ce texte magistral de Tenessee Williams (traduit ici par Wajdi Mouawad) où l’héroïne, Blanche Dubois, seule et désespérée, trouve refuge chez sa soeur et son mari, Stanley, au bout de la ligne d’un tramway nommé désir…

Les libertés prises avec le texte original sont parfois bienvenues mais on reste la plupart du temps dubitatif face aux injections gadgétisées d’extraits d’oeuvres aussi inattendues que le « Banquet » de Platon, un sketch de Coluche ou même le « Combat de Tancrède » de Monterverdi…

Le vaste dispositif scénique mis en place (des cubes transparents futuristes qui par un jeu de va et vient laissent place, par intermittence, à une glaciale salle de bowling) se révèle visuellement intéressant mais manque singulièrement de cohérence avec le propos.

Quant à la musique quasi omniprésente et les interventions souvent interminables d’une chanteuse au rabais, difficile d’apprécier pleinement ce parti pris.

Et puis il y a Isabelle Huppert, au centre de tout. Plongée dans la tourmente, elle occupe la scène et l’écran – où sont projeté en temps réel des prises de vue de la pièce qui se joue sous nos yeux – et livre un numéro d’actrice totale, se donnant entièrement, de tout son corps, de tout son souffle. Hélas, sa remarquable prestation éclipse les autres comédiens qui ont bien du mal à exister.

Après 2h25 de cris, de corps dénudés, d’images en cascades et de musique énervée, la tête pleine de mots, de sons, de lumières, on cherche ce qui pourrait trouver résonance et surtout l’intérêt de cette adaptation.

On pense d’abord à ce trop plein, ce trop plein de tout. Et puis, curieusement, après tant de gesticulation, on en vient à se demander s’il ne s’agit pas, bien au contraire, d’un grand vide laissé par ce paradoxal manque de désir et d’humanité.

Comme aurait pu l’écrire un autre William(s), ce tramway-là fait vraiment beaucoup de bruit pour rien.

B.P.

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